Schéma illustrant les étapes de travail après six mois d’IA au quotidien

Après six mois d’IA au quotidien, ma manière de travailler a profondément changé. Un matin de juin, semblable à beaucoup d’autres en apparence, m’a rappelé le chemin parcouru…

Ce matin-là, un projet complexe à cadrer. Je le lis, j’en fais une première analyse, je prends quelques notes dans mon cahier. Des points importants à assurer, une exigence de qualité élevée, un produit qui devra évoluer dans le temps. Je trace un schéma grossier à la main, toujours dans mon cahier. Le projet s’affiche dans les grandes lignes. Beaucoup de blocs, de conditions et d’actions.

Une chose me guide, comme à chaque fois désormais : l’humain doit rester maître de l’outil. Une IA embarquée dans un produit n’est qu’une aide pour l’utilisateur final, jamais un décideur. C’est ma manière de voir les choses. C’est aussi ce que ces six mois m’ont appris.

Avant d’aller plus loin, je fais un tri. Ce document contient-il des informations sensibles ? Non. Je peux donc le confier à une IA en ligne. Une phrase toute bête : « Voici le document de cadrage d’un nouveau projet », et j’insère le fichier dans la requête. Je ne donne aucun indice, aucun avis personnel. Ça influencerait sa réponse. Je lance, et je regarde ce qu’elle me propose.

Après quelques ajustements tenant compte de mes remarques, j’ai une architecture prête à être développée. Avec le recul, je mesure le chemin parcouru.

Le point de départ : sceptique, curieux, un peu perdu

    J’utilise l’IA depuis environ deux ans. Mais je ne crée des solutions que depuis un peu plus de six mois, au moment où j’écris cet article.

    Au début, je l’avoue, j’étais sceptique sur ses capacités réelles. Je m’en servais pour rédiger des emails, des documents, et pour écrire de petits programmes d’automatisation. Le résultat n’était pas toujours à la hauteur des espérances. Parce que je m’y prenais mal. Et parce que les modèles d’il y a un an étaient d’un niveau bien inférieur à ceux d’aujourd’hui.

    Mais il faut être honnête : j’étais surtout perdu sur la manière de m’en servir. Le contexte, le style, le rôle, l’objectif, la cible, la tâche. Ces notions m’étaient inconnues. C’est pourtant la base d’un bon prompt, même si ce n’est pas systématique. Bref, j’avais un outil formidable entre les mains et je ne savais pas par quel bout le prendre.

    Qu’à cela ne tienne, je me suis formé. Autodidacte dans l’âme, je me suis abreuvé de vidéos, de livres, d’articles. J’ai créé de petits projets personnels sans enjeu. J’ai traité quelques cas trouvés sur les réseaux pour me faire la main. J’ai fait des erreurs, j’en ai appris, j’ai noté ce qui fonctionnait.

    Il était temps de voir ce que j’allais en faire.

    Les trois usages qui se sont imposés d’eux-mêmes

      Après des tâtonnements et pas mal de réflexion, trois usages se sont imposés :

      • Concevoir et piloter des projets intégrant de l’IA
      • Rédiger, relire et créer du contenu
      • Faire de la veille et monter en compétences

      Mon utilisation est très orientée production. Je pose assez peu de questions ponctuelles. C’est une aide de travail au quotidien, pas un moteur de recherche amélioré. Et cette utilisation est devenue naturelle.

      Le réflexe que je n’avais pas au départ : trier mes données

        C’est le changement le moins visible de ces six mois. C’est aussi le plus important.

        Quand vous déposez un document dans un chatbot grand public, il quitte votre entreprise. Il part sur des serveurs qui ne sont pas les vôtres, souvent hors d’Europe. Selon le service et le contrat souscrit, il peut servir à entraîner le modèle. Ce n’est pas un drame en soi. C’est un choix. Et un choix se fait en connaissance de cause.

        Aujourd’hui, je ne dépose plus rien sans avoir répondu à trois questions :

        • Ce document contient-il des données personnelles, des informations clients ou du savoir-faire propre à l’entreprise ?
        • Est-ce que j’accepterais qu’un prestataire extérieur le lise ?
        • Ai-je besoin de transmettre tout le document, ou seulement sa structure ?

        Quand une réponse coince, je change de méthode. J’anonymise avant d’envoyer. Ou je reformule ma demande pour ne transmettre que le problème, sans les données qui vont avec. Ou je passe par une IA qui tourne en local, sur ma machine, et qui n’envoie rien nulle part.

        Ce tri prend trente secondes. Il évite d’avoir à expliquer, plus tard, comment un document confidentiel s’est retrouvé chez un tiers.

        Ce que j’ai arrêté de faire

          Certaines tâches ont simplement disparu de mon quotidien :

          • Partir d’une page blanche. J’amorce en échangeant avec une IA.
          • Écrire de longs textes à la main. Sauf celui-ci.
          • Passer des heures à chercher sur Internet. Je pose la question directement.
          • Produire de la documentation technique. Claude fait ça très bien.
          • Développer seul dans mon coin. J’utilise plusieurs IA, chacune avec un rôle précis.
          • Traquer les coquilles et les répétitions en relecture. Je garde la validation finale, pas le travail de fourmi.

          En résumé, j’ai arrêté les tâches répétitives et à faible valeur ajoutée. Je consacre ce temps à ce qui demande du jugement, de l’architecture, de la gouvernance et une validation humaine.

          Le vrai changement : je ne pars plus de la page blanche

            Avant, créer un document, une présentation ou une spécification demandait de longues heures de réflexion avant d’écrire la première ligne. Aujourd’hui, j’ai changé d’approche.

            J’utilise toujours mon cahier pour poser quelques bases. Puis j’échange rapidement avec une IA pour :

            • Structurer les idées
            • Détailler un plan
            • Produire une première version
            • L’améliorer par itérations

            Au final, je passe beaucoup plus de temps à concevoir et à arbitrer qu’à rédiger.

            Le bénéfice le plus inattendu n’a pas été le gain de temps. C’est le nombre d’idées nouvelles qui apparaissent au fil des échanges. L’IA ne pense pas à ma place. Mais elle me pousse à explorer des pistes auxquelles je n’aurais pas pensé seul. Chaque échange ouvre des possibilités, remet des certitudes en question, fait émerger des solutions plus vite. Au fond, elle agit davantage comme un partenaire de réflexion que comme un simple outil de production.

            Ce qui n’a pas marché, et ce que ça m’a appris

              Sur certains projets, j’ai trop fait confiance aux IA.

              On oublie vite qu’elles peuvent halluciner, c’est-à-dire inventer une réponse plausible mais fausse. Ou simplement mal comprendre la demande. Le plus traître, c’est que la réponse arrive toujours avec le même aplomb, qu’elle soit juste ou non.

              Le coût n’est pas dans l’erreur elle-même. Il est dans le temps passé à la repérer, puis à défaire ce qui a été construit dessus. Ce n’est pas fréquent, heureusement, et ça l’est de moins en moins. Mais ça arrive toujours au mauvais moment.

              Les nouveaux réflexes que j’ai dû acquérir

                Ces ratés m’ont obligé à changer de méthode.

                Je rédige maintenant un document de consignes que l’IA relit à chaque session. Il contient les règles du projet, les choix structurants, ce qui est interdit. Elle ne réinvente donc pas les règles à chaque conversation.

                Et je demande une revue aux étapes clés. Une question simple : est-ce que ce qui a été produit respecte encore le cadre fixé au départ ?

                Rien de nouveau, au fond. C’est exactement ce que je faisais en gestion de projet avec des collègues. Des points réguliers pour vérifier que le planning et le cadrage sont tenus. On pourrait croire que ce n’est pas nécessaire avec une machine. C’est l’inverse.

                Ce que je ferais différemment si je recommençais

                  • Créer un document de consignes dès le premier jour. C’est rapide, et ça évite de répéter cent fois la même chose.
                  • Trancher la question des données avant de choisir l’outil, et non l’inverse.
                  • Demander régulièrement à l’IA d’écrire ce qu’elle a fait, ce qu’il reste à faire et ce qui peut poser problème.
                  • Faire moins confiance. On oublie trop souvent qu’elles se trompent, alors que c’est écrit noir sur blanc à l’écran.
                  • Garder l’humain chef d’orchestre et valideur. Toujours.
                  • Confier aux IA les tâches répétitives et ingrates. C’est là qu’elles sont imbattables.

                  Ce que ces six mois d’IA m’ont appris

                    Après six mois à travailler avec des IA, ma façon de travailler a changé. Je passe plus de temps sur ce qui demande de la réflexion, beaucoup moins sur ce qui n’en demande pas. Ma vision a évolué aussi. Et on prend plus de plaisir à construire des solutions aux problèmes qu’on nous soumet.

                    Une chose n’a pas bougé, et ne bougera pas : la décision reste humaine. En six mois, je n’ai pas appris à laisser une IA travailler à ma place. J’ai appris à travailler avec elle. Et la nuance change tout.

                    Et vous, comment votre travail a-t-il évolué depuis que vous utilisez l’IA ?

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